Une grève « extrêmement suivie » : pourquoi Radio France et France Télévisions se mobilisent jeudi et vendredi ?

Par Maxime T'sjoen Publié le 22 mai 2024 à 21h51 Voir mon actu Suivre Actu Vent de grève sur les ondes. Radio France, France Télévisions, l’INA et France Médias Monde seront en grève ce jeudi 23 et vendredi 24 mai 2024. La raison ? L’examen de la réforme de l’audiovisuel public, normalement prévu ce jeudi


Voir mon actu

Vent de grève sur les ondes. Radio France, France Télévisions, l’INA et France Médias Monde seront en grève ce jeudi 23 et vendredi 24 mai 2024. La raison ? L’examen de la réforme de l’audiovisuel public, normalement prévu ce jeudi [même si le calendrier reste flou, NDLR].

Le texte prévoit, entre autres, la fusion des quatre entités. Si le texte est voté, elles seront incorporées dans une holding au 1ᵉʳ janvier 2025, avant une fusion au 1ᵉʳ janvier 2026.

Vos programmes et émissions seront sans doute chamboulés ces deux prochains jours, car le mouvement de grève pourrait être « massif », notamment à Radio France. Tous les syndicats appellent d’ailleurs à la mobilisation.

À lire aussi

« Pas pour faire des économies »

Cette réforme de l’audiovisuel public, « c’est pour faire des économies », souffle Delphine Merlaud, secrétaire du syndicat Sud à Radio France, sollicitée par actu.fr. Pourtant, du côté de la majorité, on martèle qu’au contraire, « ce n’est pas pour faire des économies ! », pour reprendre les mots de la rapporteuse de la proposition de loi, Fabienne Colboc

Alors pourquoi cette proposition est sur la table ? La députée (Renaissance) de l’Indre-et-Loire explique à actu.fr qu’il s’agit de « prévoir une stratégie opérationnelle pour opérer l’avenir […] dans un paysage médiatique bouleversé par les réseaux sociaux et les plateformes ».

Du côté de France Télévisions, Force ouvrière dénonce « les risques que font peser cette réforme sur l’audiovisuel public », précise à actu.fr Renaud Bernard, délégué syndical chez Force ouvrière.

Il n’y a pas de financement pérenne, puisque la taxe TVA s’arrête pour l’heure à la fin de 2024. Il y a une forme de précipitation dans le calendrier.

Renaud BernardDélégué syndical Force ouvrière

Le 1ᵉʳ janvier 2026, « ce n’est que pour la forme juridique et comptable », reprend Fabienne Colboc, ajoutant que « les accords sociaux, les synergies, cela va mettre plus de temps. »

Vidéos : en ce moment sur Actu

À lire aussi

Les services menacés ?

« Holding ou fusion, on demande le retrait », insiste Matthieu Darriet, co-secrétaire du SNJ à Radio France. Et si la question des contenus est évidemment primordiale, « l’avenir de tous les métiers est en jeu », assure-t-il.

Les métiers de la production, mais surtout, ceux des services, les ressources humaines ou encore les services informatiques ne voient pas d’un bon œil la réforme… « Ce sont eux les plus exposés à la fusion », estime Matthieu Darret. 

Le but, c’est de faire des économies, notamment sur les structures d’appui. L’enjeu de cette grève, c’est bien de défendre nos emplois.

Matthieu DarrietCo-secrétaire du SNJ à Radio France

À lire aussi

La crainte de la perte d’identité

L’autre crainte syndicale, partagée par les employés, est la « perte de singularité » des différentes lignes éditoriales des marques. « On va se faire avaler par France TV », craint Delphine Merlaud du syndicat Sud de Radio France.

On n’a jamais été contre les rapprochements, les projets communs. Mais on n’est pas pour la fusion.

Delphine MerlaudSyndicat Sud de Radio France

Concrètement, les organisations redoutent d’avoir une information et des contenus uniformisés, les mêmes chez France TV que chez Radio France. « Il y aura moins de reportages », avance Matthieu Darriet du SNJ, pour qui « ceux qui choisissent la radio ne veulent pas la même chose qu’à la télé. »

Du côté de France TV aussi, on craint également d’y laisser « notre identité », assure Renaud Bernard, de Force ouvrière. »On a un public pour chaque support. Il y aura toujours les identités de la radio et de la télé : ce n’est pas un directeur qui va dicter le ton », oppose la députée Fabienne Colboc.

Je n’aurais pas accepté d’être rapporteuse de la loi pour mettre à mal le service public.

Fabienne ColbocDéputé d’Indre-et-Loire

À lire aussi

Une grève massivement suivie ?

La confrontation dans les idées est donc bien présente entre la majorité et les employés de Radio France, France Télévisions, l’INA et France Médias Monde. 

« Notre rôle, c’est d’envoyer un message fort aux parlementaires », rappelle Renaud Bernard, membre de FO à France TV. Mais il reconnait : « C’est dur de prévoir la mobilisation. »

À Radio France, on prévoit un mouvement « massif », indique Delphine Merlaud, secrétaire générale de Sud. « La grève sera très suivie », opine Matthieu Darriet du SNJ.

Une mobilisation de tous les syndicats de l’audiovisuel public est prévue devant le ministère de la Culture à 13h30 ce jeudi. Pour l’heure, la grève n’est pas reconductible et pourrait s’arrêter après vendredi. Après, la balle est dans les mains des parlementaires.

Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.