«Un bijou qu’on laisse se délabrer» : à Marseille, un collectif réclame la réouverture de la digue du large

Le Figaro Marseille En quelques minutes seulement, les places se sont arrachées, et l’événement a affiché complet. Ce samedi, une visite commentée de deux heures est organisée par l’office de tourisme de Marseille sur la digue du large, une digue de pierre multiséculaire qui court sur 7 kilomètres entre le Vieux-Port et le quartier de


«Un bijou qu’on laisse se délabrer» : à Marseille, un collectif réclame la réouverture de la digue du large

Le Figaro Marseille

En quelques minutes seulement, les places se sont arrachées, et l’événement a affiché complet. Ce samedi, une visite commentée de deux heures est organisée par l’office de tourisme de Marseille sur la digue du large, une digue de pierre multiséculaire qui court sur 7 kilomètres entre le Vieux-Port et le quartier de l’Estaque.

Et si l’engouement est tel, c’est que l’événement relève de l’exception. Depuis le 11 septembre 2001, la digue historique du port qui est juste en face de l’actuel Mucem, n’est plus accessible au grand public. À l’époque, les autorités avaient justifié cette décision par la mise en œuvre du plan Vigipirate pour lutter contre la menace terroriste.

Construite entre 1845 et 1929 en pierres de taille sur les modèles des digues de Cherbourg et d’Alger, la digue avait été édifiée à l’origine pour faire face à la croissance de l’activité du port. Elle s’est transformée au fil des ans en un lieu de promenade prisé des Marseillais avec, à son bout, un des rares phares que comporte la cité phocéenne. Et des années après l’attentat du World Trade Centre, les choses semblent comme figées sur la digue du large. Depuis sa fermeture, l’édifice n’est ouvert que très ponctuellement, lors d’événements spéciaux, et peu entretenu.

«J’ai appris à marcher là-bas, comme des centaines de milliers de Marseillais, surtout ceux des quartiers nord . Tout le monde allait à la mer sur la digue du large.» Les yeux de Pierre fixés sur la digue s’illuminent. «C’était un endroit incroyable, pour les promeneurs mais aussi pour les pêcheurs . J’y pêchais le poulpe. J’allais nager, plonger. De là-bas, on voit les îles du Planier et du Frioul. Et on est protégé de la houle. On y faisait aussi des pique-niques le soir. J’y ai passé une partie de ma vie, en fait. Et ça m’arrache le cœur de ne plus pouvoir aller là-bas.»

«Cette digue du large est un bijou du patrimoine marseillais qu’on laisse se délabrer petit à petit, se désole Benjamin Clasen, l’un des membres du collectif Rendez-nous la digue du large. C’est inadmissible.» Dans un manifeste, le collectif interpelle le grand port maritime de Marseille et son président du conseil de surveillance, Christophe Castaner, propriétaire de la digue. «L’indispensable restauration de ce joyau permettra de transmettre cet édifice irremplaçable et emblématique aux générations futures», réclament les signataires du texte. «Cet édifice si typiquement marseillais sombre depuis trop longtemps dans l’oubli et la dégradation, déplore le manifeste. Pire, il est devenu pour la jeune génération une terre inconnue.» «Ce que l’on réclame, c’est d’ouvrir la digue à tous, gracieusement et de manière pérenne, pour que ça devienne un parc portuaire, et un lieu de baignade proche des quartiers nord», réclame Pierre-Yves Graf, membre du collectif.

«Une vieille dame »

Interrogé sur le sujet, le port justifie sa réticence par des raisons de sécurité, l’ouvrage étant aujourd’hui trop délabré par endroits pour accueillir du public. «Accessoirement, la digue du large, c’est une vieille dame telle que vous la voyez dont les travaux ont commencé en 1851 et dont une partie est en très mauvais état, explique Christophe Castaner. Le port, il y a quelques années, a protégé les risques de chute, parce qu’il y a des usages portuaires sur le site, et donc a mis en place des grilles de sécurisation. Mais on est sur quelques dizaines de millions d’euros si nous devions la restituer au grand public.»

L’ancien ministre de l’Intérieur demeure dubitatif. «J’avoue être assez surpris de l’écho du collectif. À titre personnel, j’ai du mal à voir le côté de la baignade à la digue du large. D’un côté, il faudrait se baigner entre les bateaux et les navires des Corsica Linea qui passent. De l’autre côté, vous êtes sur des rochers et la zone n’est pas baignable. À un moment, je pense qu’il faut rappeler quelques évidences. J’entends la forme de nostalgie et je suis attaché au “c’était mieux avant”. Mais j’ai vraiment du mal à imaginer qu’il est ce lieu festif et joyeux tel qu’il a été vendu par certains. Les enjeux de sécurité sont tels que son ouverture doit être sous contrôle.»

Des discussions entre la ville et le port

Dans un récent courrier envoyé au collectif, que Le Figaro a pu consulter, Christophe Castaner plaide en effet au contraire pour des ouvertures ponctuelles de la digue, comme il en a été organisé l’année dernière à l’occasion de banquets. Une formule qui ne convainc pas la municipalité de gauche à Marseille.

«Nous avons des discussions avec le port aujourd’hui sur la réouverture de la digue du large, car je veux qu’à terme elle soit accessible aux Marseillais de manière permanente, pas dans le cadre d’une formule repas à 80 euros en chemise blanche en posant ses fesses sur une botte de paille, peste Laurent Lhardit, adjoint au maire de Marseille délégué à l’Économie. Nous avons la volonté avec le port de travailler sur cette question car cela fait partie du patrimoine portuaire.»

En attendant, une vingtaine de visites vont être organisées cet été par l’office du tourisme sur la digue du large, sur un tronçon de 450 mètres, après un transport en bateau depuis le Vieux-Port, pour 150 personnes à chaque fois. Cinq de ses visites seront gratuites. Les autres seront proposées au tarif de cinq euros par personne.


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