Sur l’île de La Réunion, le tourisme met en péril une flore unique au monde

Unique au monde, la flore de l'île de La Réunion, département français situé dans l'océan Indien, est en grande partie menacée de disparition. La faute au dérèglement climatique, à la pression de l'homme, mais surtout aux espèces invasives empiétant des espaces naturels jusqu'alors préservés. «Regardez cet arbuste avec ses fleurs jaunes : il est très beau.


Sur l’île de La Réunion, le tourisme met en péril une flore unique au monde

Unique au monde, la flore de l’île de La Réunion, département français situé dans l’océan Indien, est en grande partie menacée de disparition. La faute au dérèglement climatique, à la pression de l’homme, mais surtout aux espèces invasives empiétant des espaces naturels jusqu’alors préservés. «Regardez cet arbuste avec ses fleurs jaunes : il est très beau. Mais il serait bien mieux sur les côtes bretonnes», dans l’ouest de la France métropolitaine, s’exclame Dominique Oudin, directeur du conservatoire botanique national du Mascarin (CBNM). Sur le massif du Maïdo, au cœur du Parc national de La Réunion, l’ajonc d’Europe semble par endroits comme chez lui, menaçant la flore endémique.

La Réunion «est un milieu unique au monde, mais il est envahi», résume Dominique Oudin. Espèce exotique la plus emblématique au-dessus de 1000 mètres d’altitude, l’ajonc d’Europe n’est pas le plus invasif : la liane papillon, venue d’Asie, étouffe les dernières forêts sèches de l’île. Le tulipier du Gabon a envahi les terres agricoles. Les milliers de visiteurs qui fréquentent chaque jour ce site offrant une vue imprenable sur le cirque de Mafate, classé comme une large partie de l’île au patrimoine immatériel de l’Unesco, passent à côté sans y prendre garde.

Les semelles des randonneurs nettoyées à l’entrée du parc

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Aire de pique-nique sur le piton du Maïdo.
Charles de Lisle – stock.adobe.com

Il a fallu un électrochoc pour que l’île se mobilise : le classement en 2017 par l’Unesco de La Réunion parmi les sites suscitant une «préoccupation importante» en raison de son mauvais état de préservation. Un programme d’action impliquant collectivités et acteurs de la biodiversité de La Réunion, baptisé ReMiNat (pour «restauration des milieux naturels»), a alors été mis en place. Des zones d’actions prioritaires ont été définies et différentes techniques de restauration sont étudiées. C’est ce qui est fait au Maïdo, où un incendie accidentel en 2020 a paradoxalement permis de «repartir à zéro» sur ce site considéré comme perdu.

«Mais il faut que les gens qui vivent et viennent à La Réunion y participent», insiste Dominique Oudin, espérant une «prise de conscience». Ce à quoi essaye d’arriver Jacques Fournel : à 1100 mètres d’altitude, cet ancien botaniste ne cultive que des plantes endémiques, dont certaines serviront à replanter le Maïdo. Depuis quelques années, plusieurs pépiniéristes se sont lancés sur ce segment. Tan rouge, bois de poivre, fleurs jaunes… «Tout ce qui vient de La Réunion, je le plante», explique Jacques Fournel. «Il faut être actif. Parce que si on ne fait rien, c’est un patrimoine qui disparaît.»