Soupçons d’ingérence étrangère : une demande de levée d’immunité déposée à l’encontre du député Hubert Julien-Laferrière

Le député (non-inscrit) du Rhône Hubert Julien-Laferrière, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 3 octobre 2022. VINCENT ISORE / IP3 PRESS / MAXPPP « Je suis publiquement présenté comme coupable de faits que je conteste dans le vide depuis plus de six mois. » La situation judiciaire du député (non-inscrit) du Rhône Hubert-Julien Laferrière, telle qu’il la dépeint au


Le député (non-inscrit) du Rhône Hubert Julien-Laferrière, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 3 octobre 2022.

« Je suis publiquement présenté comme coupable de faits que je conteste dans le vide depuis plus de six mois. » La situation judiciaire du député (non-inscrit) du Rhône Hubert-Julien Laferrière, telle qu’il la dépeint au Monde, ressemble à un supplice. Alors que son nom apparaît largement dans le cadre d’une enquête judiciaire « tentaculaire », selon une source proche du dossier, sur des opérations d’ingérence étrangère, il n’a toujours pas été entendu par les enquêteurs ou les juges d’instruction. Pourtant, l’ex-présentateur de BFM-TV Rachid M’Barki, le politologue spécialiste du Qatar Nabil Ennasri, placé en détention provisoire, et le lobbyiste Jean-Pierre Duthion sont déjà mis en examen dans le même dossier.

MM. Duthion et Ennasri sont notamment mis en examen des chefs de « corruption privée », « corruption d’agent public » et « trafic d’influence d’agent public ». Il leur est reproché d’avoir corrompu Rachid M’Barki et Hubert Julien-Laferrière.

Le député, lui, n’a donc pas été entendu : pour que cela soit possible, les magistrats doivent obtenir la levée de son immunité parlementaire. Une demande en ce sens est en cours, confirme au Monde une source judiciaire. Mais selon nos informations, elle est toujours sur le bureau du ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, qui ne l’a pas encore transmise au bureau de l’Assemblée nationale pour examen. Contacté, le ministère dit ne pas pouvoir « communiquer ni apporter aucun commentaire » sur « une procédure judiciaire en cours. »

Le Monde a eu connaissance de nouveaux éléments suggérant que l’élu a été, à plusieurs reprises, rémunéré par Jean-Pierre Duthion, en contrepartie d’interventions. Notamment des captures d’écran, qui montrent des échanges au cours de l’été 2022 entre M. Laferrière et M. Duthion. « On s’est mis d’accord ce mois-ci je te donne 10k alors qu’on ne va rien faire à part Reckya. Sur tout le reste je te laisse tranquille Azerbaïdjan, etc. Je te préserve. Cette question était réglée. Je dois renégocier à chaque fois c’est lourd. On est dans un rapport de force. (…) Pour 10k je te demande rien à part Reckya. Et le fait de te tenir à une stratégie », écrit Jean-Pierre Duthion. « Cela fait 2 fois que tu me fais des menaces, je n’aime pas beaucoup. Moi je te parle juste franchement par rapport à mes engagements politiques », répond Hubert Julien-Laferrière.

« Reckya » est Reckya Madougou, une opposante béninoise, à l’époque incarcérée à l’issue d’un procès jugé par certains purement politique. M. Laferrière s’est montré, pendant au moins deux ans, très engagé sur ce dossier, mais redouble d’activité en juillet 2022 : ce mois-là, il cosigne avec d’autres élus une lettre au président de la République, alertant sur la condamnation de Mme Madougou, puis porte le sujet en commission des affaires étrangères, et lors des questions au gouvernement. M. Duthion semblait prévenu à l’avance d’une partie de ces interventions.

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Le député (non-inscrit) du Rhône Hubert Julien-Laferrière, à l’Assemblée nationale, à Paris, le 3 octobre 2022.

« Je suis publiquement présenté comme coupable de faits que je conteste dans le vide depuis plus de six mois. » La situation judiciaire du député (non-inscrit) du Rhône Hubert-Julien Laferrière, telle qu’il la dépeint au Monde, ressemble à un supplice. Alors que son nom apparaît largement dans le cadre d’une enquête judiciaire « tentaculaire », selon une source proche du dossier, sur des opérations d’ingérence étrangère, il n’a toujours pas été entendu par les enquêteurs ou les juges d’instruction. Pourtant, l’ex-présentateur de BFM-TV Rachid M’Barki, le politologue spécialiste du Qatar Nabil Ennasri, placé en détention provisoire, et le lobbyiste Jean-Pierre Duthion sont déjà mis en examen dans le même dossier.

MM. Duthion et Ennasri sont notamment mis en examen des chefs de « corruption privée », « corruption d’agent public » et « trafic d’influence d’agent public ». Il leur est reproché d’avoir corrompu Rachid M’Barki et Hubert Julien-Laferrière.

Le député, lui, n’a donc pas été entendu : pour que cela soit possible, les magistrats doivent obtenir la levée de son immunité parlementaire. Une demande en ce sens est en cours, confirme au Monde une source judiciaire. Mais selon nos informations, elle est toujours sur le bureau du ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, qui ne l’a pas encore transmise au bureau de l’Assemblée nationale pour examen. Contacté, le ministère dit ne pas pouvoir « communiquer ni apporter aucun commentaire » sur « une procédure judiciaire en cours. »

Le Monde a eu connaissance de nouveaux éléments suggérant que l’élu a été, à plusieurs reprises, rémunéré par Jean-Pierre Duthion, en contrepartie d’interventions. Notamment des captures d’écran, qui montrent des échanges au cours de l’été 2022 entre M. Laferrière et M. Duthion. « On s’est mis d’accord ce mois-ci je te donne 10k alors qu’on ne va rien faire à part Reckya. Sur tout le reste je te laisse tranquille Azerbaïdjan, etc. Je te préserve. Cette question était réglée. Je dois renégocier à chaque fois c’est lourd. On est dans un rapport de force. (…) Pour 10k je te demande rien à part Reckya. Et le fait de te tenir à une stratégie », écrit Jean-Pierre Duthion. « Cela fait 2 fois que tu me fais des menaces, je n’aime pas beaucoup. Moi je te parle juste franchement par rapport à mes engagements politiques », répond Hubert Julien-Laferrière.

« Reckya » est Reckya Madougou, une opposante béninoise, à l’époque incarcérée à l’issue d’un procès jugé par certains purement politique. M. Laferrière s’est montré, pendant au moins deux ans, très engagé sur ce dossier, mais redouble d’activité en juillet 2022 : ce mois-là, il cosigne avec d’autres élus une lettre au président de la République, alertant sur la condamnation de Mme Madougou, puis porte le sujet en commission des affaires étrangères, et lors des questions au gouvernement. M. Duthion semblait prévenu à l’avance d’une partie de ces interventions.

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