Raphaël Glucksmann présente son programme pour une «puissance écologique européenne»

L’enjeu politique n’est pas mince. «Nous sommes au moment décisif de la redéfinition de la social-démocratie européenne, qui passe par le mariage avec l’écologie politique», a déclaré Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste (PS) et de son microparti Place publique (PP) aux élections européennes, en conférence de presse ce mercredi. Les 338 mesures


L’enjeu politique n’est pas mince. «Nous sommes au moment décisif de la redéfinition de la social-démocratie européenne, qui passe par le mariage avec l’écologie politique», a déclaré Raphaël Glucksmann, tête de liste du Parti socialiste (PS) et de son microparti Place publique (PP) aux élections européennes, en conférence de presse ce mercredi. Les 338 mesures de son programme dévoilées à cette occasion reflètent l’ambition environnementale qu’il place au «cœur» de son projet «pour une puissance écologique européenne».

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Pour la mettre en œuvre, la liste de centre gauche entend instaurer un «protectionnisme écologique européen». «L’Europe ne peut pas être le dernier continent sur cette terre qui croit encore à la religion du libre-échange généralisé», a estimé Raphaël Glucksmann. Sur le modèle de l’Inflation Reduction Act américain, l’Union européenne doit œuvrer selon lui à une «planification industrielle» en créant des «fonds sur la transition» pour investir dans trois secteurs clés pour l’indépendance européenne : la défense, l’industrie de la transition (en particulier les énergies renouvelables) et le numérique. Le but étant de développer le «made in Europe» pour ne plus dépendre des puissances étrangères.

Fiscalité européenne

Le candidat a à nouveau défendu un «Buy European Act», «qui réserve en priorité les commandes publiques européennes aux productions européennes», en particulier dans ces trois secteurs. Pour abonder ses fonds, l’Europe devra d’après la tête de liste PS-PP en passer par une nouvelle mutualisation des dettes souveraines, comme cela avait été fait pour financer les vaccins lors du Covid-19. Raphaël Glucksmann a estimé que la constitution d’une défense européenne rendrait bientôt nécessaire la levée d’une nouvelle dette commune, surtout si Donald Trump remporte l’élection américaine en novembre prochain.

Outre un «pacte bleu pour les océans», un régime européen de catastrophes naturelles, une Europe de la biodiversité ou encore du bien-être animal, Raphaël Glucksmann a défendu une «Europe du train», qui passe notamment à la mise en place d’un «ticket climat» européen. «Cela suppose des transferts de fonds entre les transports polluants et les transports propres», a indiqué l’eurodéputé, ouvrant la porte à une taxation du kérosène. Une fiscalité européenne s’appliquera en outre aux plus hauts patrimoines à l’échelle de l’Union européenne. Élaboré avec l’aide de l’économiste Gabriel Zucman, cet «ISF européen» doit permettre de rapporter 200 milliards d’euros chaque année aux caisses de l’Europe. Les «superprofits» des entreprises devront être aussi taxés au niveau européen si l’on en croit le programme.

Stratégie électorale

De quoi donner du crédit à «l’Europe sociale» que Raphaël Glucksmann appelle de ses vœux, fidèlement à la politique défendue par les sociaux-démocrates européens depuis plusieurs décennies. Cette «Europe sociale» fera la part belle à l’accès au logement, qui constitue aux yeux du candidat la priorité absolue dans les différents pays européens. Il plaide en faveur d’un «plan Marshall» pour le logement social et la rénovation thermique, ainsi que pour «un plan d’éradication du sans-abrisme», qui touche 800.000 personnes en Europe selon ses chiffres. Autre priorité programmatique : l’égalité entre les femmes et les hommes, avec un nivellement par le haut du droit des femmes en Europe. Le logement et le féminisme constituent les deux «exigences cardinales» des sociaux-démocrates européens dans les négociations sur l’agenda législatif qui s’ouvriront au lendemain des élections européennes.

Malgré la place considérable accordée à l’écologie dans leur programme, Raphaël Glucksmann et ses colistiers se défendent de toute stratégie électorale, notamment vis-à-vis d’Europe Écologie-Les Verts, dont la liste n’est créditée que de 5,5% dans notre sondage quotidien. «Je ne réfléchirai jamais en termes de segment de population, parce que je pense que c’est en dessous de ce que devrait être la politique et que ça ne fonctionne pas», s’est défendu Raphaël Glucksmann. «Je travaille sur le concept de puissance écologique européenne depuis deux ans, c’est vraiment le cap qu’on se fixe», a-t-il ajouté. En neuvième position sur la liste, le candidat Thomas Pellerin-Carlin a fait de l’énergie nucléaire une divergence fondamentale entre les deux listes, les écologistes défendant une sortie de l’atome à horizon 2040 en Europe.