«On se rend compte que l’on n’est en sécurité nulle part»: 8000 personnes à la marche blanche pour Matisse à Châteauroux

Environ 8000 personnes, selon le préfet de l'Indre Thibault Lanxade, ont participé samedi à Châteauroux à une émouvante marche blanche en hommage au jeune Matisse, 15 ans, tué par arme blanche par un adolescent du même âge le 27 avril. La marche blanche a parcouru des lieux symboliques de la vie de Matisse, notamment son


«On se rend compte que l’on n’est en sécurité nulle part»: 8000 personnes à la marche blanche pour Matisse à Châteauroux

Environ 8000 personnes, selon le préfet de l’Indre Thibault Lanxade, ont participé samedi à Châteauroux à une émouvante marche blanche en hommage au jeune Matisse, 15 ans, tué par arme blanche par un adolescent du même âge le 27 avril. La marche blanche a parcouru des lieux symboliques de la vie de Matisse, notamment son école élémentaire, le restaurant de son père ou encore celui dans lequel l’adolescent faisait son apprentissage.

En tête de cortège, la banderole «Matisse un vrai gentil», en rose (sa couleur préférée) était déployée avec une photo de lui et un ballon de football. «On connaissait les parents puisque l’on venait dans leur restaurant. J’ai un enfant qui a 15 ans. Ça aurait pu être l’un des nôtres, ça aurait pu être n’importe qui», a déclaré Élodie, 42 ans, qui habite à Villers-les-Ormes, une commune voisine. Elle est venue «pour montrer aux parents qu’ils ne sont pas seuls», accompagnée de son fils qui portait un t-shirt écrit à la main «Envole-toi petite loutre», une référence au surnom affectueux de Matisse donné par son père Christophe Marchais.

«On pensait qu’à Châteauroux on était en sécurité, et on se rend compte que l’on n’est en sécurité nulle part», a ajouté la mère de famille. Catherine, sa mère de 64 ans, est pour sa part venue d’Argenton-sur-Creuse. «Je ressens beaucoup de tristesse, de la tristesse de vivre dans cette époque», a déploré la sexagénaire. «Personne ne mérite de vivre ça. Ici, c’est une ville calme. On connaît plein d’habitants du quartier Saint-Denis. C’est tout le temps calme là-bas», ont déclaré Flavien et Léo, âgés de 19 ans.

«Français réveille-toi»

La marche s’est terminée peu après 16h30 par un lâcher de ballons, tandis que les proches de Matisse s’enlaçaient pendant un temps de recueillement. Des centaines de roses blanches ou roses ont été déposées devant le restaurant du père de Matisse. «Cet hommage s’est déroulé dans le calme et avec dignité», a indiqué la préfecture de l’Indre, dans un communiqué transmis à l’AFP.

Les commerces étaient quasiment tous fermés et beaucoup avaient sur leur vitrine une photo de l’adolescent ou d’une loutre. Le besoin de faire «quelque chose» s’est imposé pour les professionnels de la restauration de Châteauroux, explique Delphine Chambonneau, propriétaire d’un café du centre-ville. «On a tous un lien avec cette famille», explique-t-elle, alors qu’un tee-shirt avec la mention «restaurateurs et cafetiers unis dans la douleur / Repose en paix Matisse» a été confectionné. Malgré l’appel notamment du père de Matisse à se garder de toute récupération politique, vendredi soir, un groupuscule d’ultradroite a déployé devant la mairie des banderoles : «Justice pour Matisse», «Français réveille-toi».

Violences entre jeunes

L’adolescent a succombé à ses blessures le 27 avril, après plusieurs coups de couteau lors d’une «rixe» survenue dans le quartier Saint-Denis, selon la procureure de la République de Bourges. Son agresseur présumé a été mis en examen lundi soir pour «meurtre» et placé en détention provisoire, et sa mère, âgée de 37 ans et soupçonnée d’avoir «asséné des gifles à la victime» blessée, a été mise en examen pour «violences volontaires» sur «personne vulnérable».

Le meurtre de Matisse survient après une nouvelle vague de violences entre jeunes, comme le passage à tabac mortel à Viry-Châtillon (Essonne) de Shemseddine, 15 ans, et en pleine campagne pour les élections européennes. Dans ce contexte, la nationalité afghane des deux mis en examen – en situation régulière en France -, a conduit plusieurs figures de la droite et de l’extrême droite à dénoncer la «politique migratoire» du gouvernement.

Sur les réseaux sociaux, des données personnelles du suspect et de ses parents sont partagées, a constaté l’AFP. Compte tenu de «pressions» et de la présence de «très jeunes enfants» au sein de cette famille, le préfet de l’Indre a assuré que «des moyens ont été mis en œuvre pour les sécuriser dès jeudi soir».

Par ailleurs, à plusieurs centaines de kilomètres du drame, le préfet du Tarn a pris un arrêté d’interdiction de manifestation dimanche à Albi, un groupuscule d’extrême droite ayant annoncé un rassemblement en hommage à Matisse, et la branche locale du syndicat FSU ayant appelé à une contre-manifestation. Depuis plusieurs jours, Christophe Marchais ne cesse pourtant de mettre en garde : «Ne mélangeons pas tout. Faites attention à tous les bords de droite ou d’ailleurs qui s’approprient ce genre de chose», a-t-il déclaré au micro de RTL.


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