Nouvelle-Calédonie : ces trois ans qui ont conduit à l’embrasement

Des indépendantistes kanak manifestent au lendemain du référendum sur l’autodétermination, à Nouméa, le 13 décembre 2021. THEO ROUBY / AFP L’histoire commence par un raté. A Matignon, ce 28 octobre 2022, Elisabeth Borne espérait une belle photo de famille. Mais la moitié des cousins de province ont boudé l’invitation. Parmi les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie, seuls les loyalistes


Des indépendantistes kanak manifestent au lendemain du référendum sur l’autodétermination, à Nouméa, le 13 décembre 2021.

L’histoire commence par un raté. A Matignon, ce 28 octobre 2022, Elisabeth Borne espérait une belle photo de famille. Mais la moitié des cousins de province ont boudé l’invitation. Parmi les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie, seuls les loyalistes sont là, les durs et les modérés. Les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), ces chefs aux tempes grises qui ont traversé toutes les luttes depuis les années 1970, ont remisé leurs querelles pour dire ensemble « non ». Pas question de reprendre le dialogue, du moins pas comme cela.

Dialogue ? Il faut en effet clore le long processus politique transitoire ouvert en 1998, en principe pour vingt ans, de l’accord de Nouméa. La France doit écrire la suite de ce grand document qui organise la décolonisation. Il reconnaît « pleinement » l’identité kanak, installe des institutions autonomes, promet un rééquilibrage économique. « Sans possibilité de retour en arrière », il a poussé les murs de la Constitution française pour offrir au territoire du Pacifique et à ses 270 000 habitants un statut très dérogatoire à la règle républicaine.

Le texte dit : « Au terme d’une période de vingt années, le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité seront proposés au vote des populations intéressées. » Mais aussi : « Le corps électoral pour les élections locales sera restreint aux personnes établies depuis une certaine durée. » Tel est le sujet inflammable dans l’ancienne colonie de peuplement, celui au cœur de tous les équilibres entre Européens et Kanak.

Casse-tête

Depuis fin 2021, Etat, indépendantistes et non-indépendantistes ne se parlent plus. Après les deux référendums de 2018 et 2020 sur l’indépendance, prévus par l’accord, le troisième a été boycotté. Le FLNKS demandait son report après la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron n’a pas fait ce choix. « Il est le président qui a courageusement tenu les trois référendums sur l’indépendance », développe son entourage. Le 12 décembre 2021, les Néo-Calédoniens ont, certes, encore choisi de rester dans la République. Mais avec un taux d’abstention de 56,1 %. Le « référendum de l’Etat français », comme le rejettera le président indépendantiste du Parlement local, Roch Wamytan (Union calédonienne [UC]-FLNKS), a débouché sur un casse-tête.

L’exécutif à Paris pense que le moment est propice pour écrire l’avenir, car la Nouvelle-Calédonie a beaucoup changé depuis la quasi-guerre civile de 1984-1988. Dans la paix, elle a prospéré et s’est métissée. Un sentiment calédonien s’est développé, réunissant dans le « pays » toutes les « victimes de l’histoire », descendants des Kanak, des bagnards ou des exploités « indigènes » de l’empire colonial. « Nous sommes plus calédoniens que français », disent même les non-indépendantistes.

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Des indépendantistes kanak manifestent au lendemain du référendum sur l’autodétermination, à Nouméa, le 13 décembre 2021.

L’histoire commence par un raté. A Matignon, ce 28 octobre 2022, Elisabeth Borne espérait une belle photo de famille. Mais la moitié des cousins de province ont boudé l’invitation. Parmi les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie, seuls les loyalistes sont là, les durs et les modérés. Les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), ces chefs aux tempes grises qui ont traversé toutes les luttes depuis les années 1970, ont remisé leurs querelles pour dire ensemble « non ». Pas question de reprendre le dialogue, du moins pas comme cela.

Dialogue ? Il faut en effet clore le long processus politique transitoire ouvert en 1998, en principe pour vingt ans, de l’accord de Nouméa. La France doit écrire la suite de ce grand document qui organise la décolonisation. Il reconnaît « pleinement » l’identité kanak, installe des institutions autonomes, promet un rééquilibrage économique. « Sans possibilité de retour en arrière », il a poussé les murs de la Constitution française pour offrir au territoire du Pacifique et à ses 270 000 habitants un statut très dérogatoire à la règle républicaine.

Le texte dit : « Au terme d’une période de vingt années, le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité seront proposés au vote des populations intéressées. » Mais aussi : « Le corps électoral pour les élections locales sera restreint aux personnes établies depuis une certaine durée. » Tel est le sujet inflammable dans l’ancienne colonie de peuplement, celui au cœur de tous les équilibres entre Européens et Kanak.

Casse-tête

Depuis fin 2021, Etat, indépendantistes et non-indépendantistes ne se parlent plus. Après les deux référendums de 2018 et 2020 sur l’indépendance, prévus par l’accord, le troisième a été boycotté. Le FLNKS demandait son report après la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron n’a pas fait ce choix. « Il est le président qui a courageusement tenu les trois référendums sur l’indépendance », développe son entourage. Le 12 décembre 2021, les Néo-Calédoniens ont, certes, encore choisi de rester dans la République. Mais avec un taux d’abstention de 56,1 %. Le « référendum de l’Etat français », comme le rejettera le président indépendantiste du Parlement local, Roch Wamytan (Union calédonienne [UC]-FLNKS), a débouché sur un casse-tête.

L’exécutif à Paris pense que le moment est propice pour écrire l’avenir, car la Nouvelle-Calédonie a beaucoup changé depuis la quasi-guerre civile de 1984-1988. Dans la paix, elle a prospéré et s’est métissée. Un sentiment calédonien s’est développé, réunissant dans le « pays » toutes les « victimes de l’histoire », descendants des Kanak, des bagnards ou des exploités « indigènes » de l’empire colonial. « Nous sommes plus calédoniens que français », disent même les non-indépendantistes.

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