Marseille : cinq hommes jugés le 26 novembre pour une banderole anti-migrants lors d’un concert pour SOS Méditerranée

Le Figaro Marseille «Qu’ils retournent en Afrique ». Alors que la fête en contrebas battait son plein, en ce jour de juin 2023 sur l’esplanade J4 à Marseille, cinq jeunes hommes s’étaient introduits sur le toit d’un immeuble non loin de là, pour déployer une banderole avec cette inscription en caractère gras. La cité phocéenne


Le Figaro Marseille

«Qu’ils retournent en Afrique ». Alors que la fête en contrebas battait son plein, en ce jour de juin 2023 sur l’esplanade J4 à Marseille, cinq jeunes hommes s’étaient introduits sur le toit d’un immeuble non loin de là, pour déployer une banderole avec cette inscription en caractère gras. La cité phocéenne organisait alors un concert caritatif en faveur de l’ONG SOS Méditerranée qui œuvre pour le sauvetage des migrants en péril en mer, permettant de récolter plus de 100.000 euros.

L’action avait ensuite été revendiquée sur les réseaux sociaux par «Défends Marseille», un mouvement d’ultradroite et soutien du sénateur marseillais Stéphane Ravier. Rapidement, l’événement avait fait beaucoup réagir à Marseille. «Inadmissible», estimait ainsi la première adjointe au maire de Marseille Michèle Rubirola sur X quelques heures après l’incident.

Peu après avoir déployé la banderole, les cinq hommes avaient été arrêtés. Et près d’un an après les faits, comme l’a révélé Marsactu, ces cinq prévenus sont appelés à la barre du tribunal correctionnel de Marseille. Tous sont âgés de 20 à 29 ans et poursuivis par le parquet pour injure publique raciale. «Lors de l’enquête, on a retrouvé chez l’un des stickers d’un mouvement d’extrême droite, ou chez un autre la photo d’un autocollant indiquant la brigade antinègre», s’émeut Me Serge Tavitian, avocat de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), partie civile dans ce dossier.

Un procès possiblement renvoyé

«On a aussi retrouvé un T-shirt avec une référence à Léon Degrelle, proche de Jean-Marie Le Pen et ancien chef de brigade nazie, poursuit l’avocat. En somme, pas vraiment des références de gens qui se sont présentés comme modérés devant les enquêteurs. En garde à vue, ils ont dit qu’ils n’étaient pas racistes mais qu’ils souhaitaient que ces gens retournent dans leur pays et étaient prêts à les aider pour cela. Il y en a même un qui s’est présenté comme un fervent chrétien qui déteste la misère. Il y a le discours policé qu’on tient devant les policiers, mais la réalité du dossier est tout autre.»

L’avocat dresse un parallèle entre cette banderole et les propos identiques tenus par le député Grégoire de Fournas en 2022, valant l’exclusion du parlementaire RN de l’Assemblée nationale pour une durée de quinze jours. «Ce dossier est intéressant, car on y trouve derrière un groupuscule d’extrême droite, avec la main derrière de Stéphane Ravier, et qui s’inscrit dans la guéguerre encore actuelle de surenchère raciste entre le RN et le mouvement Reconquête», accuse Serge Tavitian.

Contacté par Le Figaro, l’avocat des cinq prévenus, Me Julien Pinelli, n’a pas donné suite pour l’heure à nos sollicitations. Dans les colonnes de Marsactu, l’avocat estime que, sur cette banderole, «il n’y a pas de terme outrancier de façon intrinsèque, pas de jugement de valeur, rien d’humiliant à rappeler que ces personnes viennent du continent africain.» Prévu initialement le 14 mai, le procès a été renvoyé au 26 novembre à la demande de Me Pinelli, étant également avocat de la défense dans le procès du double assassinat de Bastia qui s’est ouvert le 6 mai et se tient pour plusieurs semaines encore devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence.