Les banques de Gaza victimes de casses spectaculaires par des groupes armés

File d’attente devant le distributeur d’une agence de la Banque de Palestine, le 8 décembre 2023 à Gaza.  ABED RAHIM KHATIB / ANADOLU VIA AFP Au matin du 16 avril, des employés de la principale agence de la Banque de Palestine, dans la ville de Gaza, ont constaté qu’un trou avait été foré dans le plafond de la


Les banques de Gaza victimes de casses spectaculaires par des groupes armés
File d’attente devant le distributeur d’une agence de la Banque de Palestine, le 8 décembre 2023 à Gaza. 

Au matin du 16 avril, des employés de la principale agence de la Banque de Palestine, dans la ville de Gaza, ont constaté qu’un trou avait été foré dans le plafond de la salle des coffres. Un groupe armé non identifié s’était introduit quelques heures plus tôt dans le centre névralgique de la banque, en plein cœur du quartier de Rimal, qui était avant-guerre le plus cossu de l’enclave côtière. Les malfaiteurs ont mis la main sur des cassettes de distributeurs de billets, contenant l’équivalent de 2,8 millions d’euros en shekels israéliens. Après avoir tenté en vain d’ouvrir les coffres, ils se sont évaporés dans la cité en ruines, assiégée par l’armée israélienne et largement dépeuplée.

Les détails de ce casse sont relatés dans un document daté du 20 avril que la Banque de Palestine a transmis à certains de ses partenaires internationaux et que Le Monde s’est procuré. Cet événement a plongé dans la panique les responsables de cette institution financière privée, la plus importante des territoires palestiniens, fondée à Gaza dans les années 1960 et toujours dirigée par une grande famille de l’enclave, les Shawa.

Après avoir consulté l’Autorité palestinienne et l’Autorité de la monnaie, le régulateur du secteur bancaire palestinien, ses responsables ont pris une mesure drastique afin d’éviter de nouvelles pertes. Quelques heures après le casse, des ouvriers noyaient dans le ciment les coffres du bâtiment de Rimal, qui conservaient encore d’importantes réserves en liquide. Peine perdue. Dès le lendemain matin, le 17 avril, « des groupes armés » munis d’explosifs se sont de nouveau rendus dans le bâtiment, selon le document obtenu par Le Monde. Ils ont fait sauter le caisson de ciment coulé la veille et ont ouvert trois coffres, emportant l’équivalent de 29 millions d’euros en différentes devises.

Le 18 avril, après concertation « avec des clients et des marchands », des employés de la banque se sont rendus dans une seconde agence, la plus importante du centre-ville, afin d’en sortir une partie des fonds qui y étaient entreposés. Mais, en ouvrant les portes de l’agence, ils sont tombés sur un commando qui les y attendait. Ces hommes se sont réclamés « des plus hautes autorités à Gaza », selon le document, une formule qui désigne le Hamas. Menaçant d’exécuter les employés sur place, ils les ont contraints à ouvrir les coffres. Des coups de feu ont été tirés, sans faire de blessés, mais un employé a dû être transporté à l’hôpital après un malaise cardiaque. Le commando est reparti avec l’équivalent de 33,6 millions d’euros en shekels israéliens.

Il vous reste 69.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

,

File d’attente devant le distributeur d’une agence de la Banque de Palestine, le 8 décembre 2023 à Gaza. 

Au matin du 16 avril, des employés de la principale agence de la Banque de Palestine, dans la ville de Gaza, ont constaté qu’un trou avait été foré dans le plafond de la salle des coffres. Un groupe armé non identifié s’était introduit quelques heures plus tôt dans le centre névralgique de la banque, en plein cœur du quartier de Rimal, qui était avant-guerre le plus cossu de l’enclave côtière. Les malfaiteurs ont mis la main sur des cassettes de distributeurs de billets, contenant l’équivalent de 2,8 millions d’euros en shekels israéliens. Après avoir tenté en vain d’ouvrir les coffres, ils se sont évaporés dans la cité en ruines, assiégée par l’armée israélienne et largement dépeuplée.

Les détails de ce casse sont relatés dans un document daté du 20 avril que la Banque de Palestine a transmis à certains de ses partenaires internationaux et que Le Monde s’est procuré. Cet événement a plongé dans la panique les responsables de cette institution financière privée, la plus importante des territoires palestiniens, fondée à Gaza dans les années 1960 et toujours dirigée par une grande famille de l’enclave, les Shawa.

Après avoir consulté l’Autorité palestinienne et l’Autorité de la monnaie, le régulateur du secteur bancaire palestinien, ses responsables ont pris une mesure drastique afin d’éviter de nouvelles pertes. Quelques heures après le casse, des ouvriers noyaient dans le ciment les coffres du bâtiment de Rimal, qui conservaient encore d’importantes réserves en liquide. Peine perdue. Dès le lendemain matin, le 17 avril, « des groupes armés » munis d’explosifs se sont de nouveau rendus dans le bâtiment, selon le document obtenu par Le Monde. Ils ont fait sauter le caisson de ciment coulé la veille et ont ouvert trois coffres, emportant l’équivalent de 29 millions d’euros en différentes devises.

Le 18 avril, après concertation « avec des clients et des marchands », des employés de la banque se sont rendus dans une seconde agence, la plus importante du centre-ville, afin d’en sortir une partie des fonds qui y étaient entreposés. Mais, en ouvrant les portes de l’agence, ils sont tombés sur un commando qui les y attendait. Ces hommes se sont réclamés « des plus hautes autorités à Gaza », selon le document, une formule qui désigne le Hamas. Menaçant d’exécuter les employés sur place, ils les ont contraints à ouvrir les coffres. Des coups de feu ont été tirés, sans faire de blessés, mais un employé a dû être transporté à l’hôpital après un malaise cardiaque. Le commando est reparti avec l’équivalent de 33,6 millions d’euros en shekels israéliens.

Il vous reste 69.08% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *