« Le combat n’est jamais terminé » : l’abolition de l’esclavage étroitement lié à la commune gersoise de L’Isle-de-Noé

Commémorations - Hommages, Société, Gers Publié le 10/05/2024 à 18:31 A.B. l'essentiel Journée solennelle de commémoration à L’Isle-de-Noé, ce vendredi 10 mai qui marque la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. La commune est l’une des rares du Gers, si ce n’est la seule, à proposer cet événement. Pour


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Journée solennelle de commémoration à L’Isle-de-Noé, ce vendredi 10 mai qui marque la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. La commune est l’une des rares du Gers, si ce n’est la seule, à proposer cet événement. Pour cause, elle est liée au destin de Toussaint Louverture, figure des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d’émancipation.

Il y a 15 jours, le 27 avril marquait une date importante de l’Histoire, celle de l’abolition définitive de l’esclavage, suivie de l’émancipation des esclaves, en 1848 par décret du Gouvernement provisoire de la République.

En 2006, a été choisi comme date, le 10 mai afin de commémorer la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Chaque année, la commune gersoise de L’Isle-de-Noé, commémore cette page historique. Et ce n’est pas un hasard si ce petit village, le seul du Gers, participe à cet événement solennel.

Les élus et le préfet du Gers étaient présents pour la commémoration.
Les élus et le préfet du Gers étaient présents pour la commémoration.
DDM – A.B.

Car, il est étroitement lié aux origines du mouvement abolitionniste comme l’a rappelé le maire de la commune, Jean-Jacques Ortholan. Si ce dernier est revenu sur les origines de cette commémoration, il n’a pas manqué d’appuyer sur les problématiques contemporaines qui font penser que « le combat n’est jamais terminé, car d’autres formes d’esclavage existent dans le monde. »

Pour comprendre pourquoi la commune commémore chaque année cet événement, il faut remonter en arrière. L’Isle-de-Noé, qui compte quelques centaines d’âmes, est connu pour son château, devenu propriété communale en 1975.

Auparavant, la bâtisse appartenait à la famille des comtes de Noé. Le château a d’abord été habité par le marquis Jacques-Roger de Noé, qui a fait de sa fille Charlotte l’héritière des terres et des titres et par le comte de Louis de Noé, né en 1731.

Une sculpture à l’effigie de Toussaint Louverture est installée devant le château des comtes de Noé.
Une sculpture à l’effigie de Toussaint Louverture est installée devant le château des comtes de Noé.
DDM – A.B.

Son fils, Louis-Pantaléon de Noé devient un grand propriétaire créole de Saint-Domingue au XVIIIe siècle. Sur sa plantation sucrière de Haut-du-Cap au nord de l’île travaillait comme domestique Toussaint Bréda. Aux alentours des années 1770, le comte de Noé aurait participé à son affranchissement. Ce, bien avant la première abolition en France.

Toussaint Bréda a joué un rôle historique majeur comme chef de la Révolution haïtienne entre 1791 et 1802 durant laquelle il troque son nom pour celui de « Louverture ».

Aujourd’hui, il est considéré comme une des grandes figures des mouvements anticolonialiste, abolitionniste et d’émancipation. Il créa les conditions de l’Indépendance de Saint-Domingue, la première colonie à abolir l’esclavage.

« L’Histoire rejoint un peu la réalité »

Le politicien et journaliste, Victor Schoelcher s’est quant à lui employé à rédiger le décret du 27 avril 1848 qui a permis l’émancipation de tous les esclaves des colonies françaises. Il a dédié une longue autobiographie à Toussaint Louverture en 1889.

« La liberté ne vaut que si tous en bénéficient », commente Jean-Jacques Ortholan avant d’ajouter : « Notre devise (Liberté, Égalité, Fraternité), n’est malheureusement pas, totalement accomplie. Le chemin de l’humanité reste parsemé de nombreuses brutalités ».

« L’Histoire rejoint un peu la réalité, en effet à l’Isle-de-Noé. »

Avant son emprisonnement pour s’être opposé au rétablissement de l’esclavage des noirs par Bonaparte, Louverture gardait de nombreux liens épistolaires avec le Comte de Noé. Durant des années, la canne de Toussaint Louverture a d’ailleurs été gardée au château de L’Isle-de-Noé avant d’être exposée au musée de Mirande.

Lors du bicentenaire de la mort du leader révolutionnaire, une allée en son nom a été inaugurée devant le château gersois. Une stèle en sa mémoire a été dévoilée et une sculpture à son effigie a été érigée face à la bâtisse.

Chaque année, les officiels, la municipalité et les Gersois se recueillent devant, tous pris dans l’enjeu mémoriel. Une importance car, pour Jean-Jacques Ortholan « nous devons être vigilants et lutter contre toutes les formes d’esclavage moderne ».

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