Gaza : une délégation du Hamas est arrivée en Égypte pour des négociations sur une trêve

Un accord de trêve se rapproche, le spectre d’une offensive sur Rafah, 88 parlementaires américains demandent l’arrêt des ventes d’armes à Israël... Le Figaro fait le point sur le conflit qui oppose l’État hébreu au Hamas depuis le 7 octobre. Un accord de trêve imminent ? Une délégation du mouvement islamiste palestinien Hamas est arrivée samedi


Gaza : une délégation du Hamas est arrivée en Égypte pour des négociations sur une trêve

Un accord de trêve se rapproche, le spectre d’une offensive sur Rafah, 88 parlementaires américains demandent l’arrêt des ventes d’armes à Israël… Le Figaro fait le point sur le conflit qui oppose l’État hébreu au Hamas depuis le 7 octobre.

Un accord de trêve imminent ?

Une délégation du mouvement islamiste palestinien Hamas est arrivée samedi en Égypte pour des négociations sur une proposition de trêve à Gaza associée à une libération d’otages, a indiqué le média égyptien proche des renseignements Al-Qahera News. «Des progrès significatifs ont été réalisés dans les négociations» entre le Hamas et Israël, a indiqué Al-Qahera News qui cite une «source de haut rang». Les médiateurs égyptiens sont «parvenus à une formule consensuelle sur la plupart des points de désaccord», a-t-on ajouté de même source.

«La réalité, en ce moment, c’est que le seul obstacle entre le peuple de Gaza et un cessez-le-feu, c’est le Hamas», avait affirmé vendredi soir le secrétaire d’État américain Antony Blinken, qui avait déjà qualifié d’«extraordinairement généreux» le projet de trêve proposé par Israël. Dans un communiqué publié tard vendredi, le mouvement islamiste palestinien a dit être dans un «esprit positif». «À la lumière des récents contacts avec les frères médiateurs en Égypte et au Qatar, la délégation du Hamas se rendra au Caire samedi pour achever les discussions», a-t-il ajouté.

Au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, le Hamas est toutefois «déterminé» à obtenir «un arrêt total de l’agression» israélienne, «le retrait» des forces israéliennes et «un arrangement sérieux pour l’échange» d’otages israéliens contre des prisonniers palestiniens. Un haut responsable du Hamas a confirmé à l’AFP que la délégation arrivera en matinée au Caire et sera menée par Khalil al-Hayya, N.2 de la branche politique du mouvement dans la bande de Gaza. Et selon le site Axios, le chef de la CIA, William Burns, est déjà arrivé vendredi soir dans la capitale égyptienne, signe que l’heure des décisions clés a sonné après des mois de tractations.

Ce que contient l’offre de trêve

Les médiateurs – Égypte, Qatar et États-Unis – attendent depuis près d’une semaine la réponse du Hamas à une nouvelle offre de trêve soumise fin avril. La délégation du mouvement islamiste avait alors annoncé quitter Le Caire, lieu des derniers pourparlers, pour se rendre au Qatar afin d’étudier cette offre de trêve tout en promettant de retourner en Égypte pour transmettre sa réponse. L’offre comprend une pause de l’offensive israélienne et la libération de prisonniers palestiniens contre celle d’otages enlevés lors de l’attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre dans le sud d’Israël, qui a déclenché la guerre. Or le Hamas insiste sur un cessez-le-feu définitif, ce que refuse Israël.

La perspective d’une offensive sur Rafah ferait «échouer» l’accord

L’État hébreu insiste en effet pour mener une offensive terrestre sur le secteur de Rafah (sud), dernier grand bastion du mouvement islamiste où s’entassent plus d’un million de Palestiniens, en majorité des déplacés par les violences. «Nous ferons ce qui est nécessaire pour gagner et vaincre notre ennemi, y compris à Rafah», a répété cette semaine le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou en réaffirmant son intention de lancer cette offensive «avec ou sans accord» de trêve.

Mais pour Hossam Badran, membre du bureau politique du Hamas, les déclarations de M. Netanyahou sur un assaut à Rafah «visent clairement à faire échouer toute possibilité d’accord». Dans la nuit de vendredi à samedi, des sources hospitalières ont fait état de frappes israéliennes à Rafah mais aussi dans la ville voisine de Khan Younès, détruite après une opération terrestre israélienne et d’intenses combats avec le Hamas. Vendredi, dans un quartier de Rafah, plusieurs corps dont ceux d’enfants ont été retrouvés sous les décombres de la maison d’une famille touchée par une frappe israélienne avant l’aube.

Selon le Wall Street Journal, qui cite des sources égyptiennes, Israël donnerait encore une semaine aux pourparlers en vue d’une trêve, sans quoi son armée lancera son offensive promise depuis des semaines sur le secteur de Rafah, situé à la lisière de l’Égypte.

Des groupes armés ont dérobé 66 millions d’euros à la Banque de Palestine

Des groupes armés palestiniens, dont l’un se revendiquant du groupe islamiste Hamas, ont dérobé le mois dernier un total de 66 millions d’euros dans les coffres de plusieurs agences bancaires de Gaza, rapporte samedi Le Monde . Le quotidien français a eu accès à un document transmis par la Banque de Palestine «à certains partenaires internationaux» qui décrit des casses spectaculaires dont celui survenu dans sa principale agence dans la ville de Gaza le 16 avril. Interrogée par l’AFP, l’Autorité monétaire palestinienne (PMA), un organisme indépendant qui supervise le système financier dans les Territoires palestiniens, prévoit de publier une déclaration plus tard dans la journée.

Selon le document obtenu par Le Monde, le 16 avril, des employés «ont constaté qu’un trou avait été foré dans le plafond de la salle des coffres», explique le journal, précisant que «les malfaiteurs ont mis la main sur des cassettes de distributeurs de billets, contenant l’équivalent de 2,8 millions d’euros en shekels israéliens». Le Monde poursuit: «Dès le lendemain matin, le 17 avril, ’des groupes armés’ munis d’explosifs se sont de nouveau rendus dans le bâtiment» pour faire sauter le caisson de ciment coulé la veille pour protéger l’argent et ont ouvert trois coffres, «emportant l’équivalent de 29 millions d’euros en différentes devises».

Le 18 avril, c’est la seconde agence, la plus importante du centre-ville, qui a été assaillie par un «commando» d’hommes se réclamant «des plus hautes autorités à Gaza», une formule qui désigne le Hamas, rappelle le journal, et est reparti «avec l’équivalent de 33,6 millions d’euros en shekels israéliens».

Pas de soutien américain à une offensive à Rafah

Les États-Unis, grand allié d’Israël, ont manifesté à plusieurs reprises leur opposition à cette attaque. Selon Antony Blinken, Israël n’a présenté aucun plan pour protéger les civils de Rafah. «En l’absence d’un tel plan, nous ne pouvons pas soutenir une opération militaire d’envergure à Rafah, car les dommages qu’elle causerait seraient au-delà de ce qui est acceptable», a-t-il averti.

«Une opération militaire à grande échelle à Rafah pourrait conduire à un bain de sang», a prévenu lui aussi vendredi Tedros Adhanom Ghebreyesus le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui prépare un plan d’urgence pour «faire face à une augmentation des blessés et des morts» en cas d’opération à Rafah. «Ce plan d’urgence n’est qu’un pansement», a déclaré Rik Peeperkorn, le représentant de l’OMS dans les territoires palestiniens. «Le système de santé en difficulté ne sera pas en mesure de résister à l’ampleur potentielle de la dévastation que l’incursion causerait», a-t-il ajouté.

L’aide internationale, strictement contrôlée par Israël, arrive au compte-gouttes principalement d’Égypte via Rafah, et reste très insuffisante pour répondre aux besoins des quelque 2,4 millions de Gazaouis.

Des parlementaires américains demandent l’interruption des ventes d’armes à Israël

Aux États-Unis, 88 parlementaires dans les rangs des démocrates ont exhorté vendredi le président Joe Biden à envisager d’interrompre ses ventes d’armes à Israël si le gouvernement israélien ne change pas sa conduite de la guerre contre le Hamas. Les élus font part de leurs «graves préoccupations concernant la conduite de la guerre à Gaza par le gouvernement israélien s’agissant de la rétention délibérée de l’aide humanitaire», dans une lettre signée par 88 membres du Congrès remise à la Maison Blanche.

Les restrictions imposées par Israël à l’acheminement à Gaza de l’aide humanitaire soutenue par Washington «contribuent à une catastrophe humanitaire sans précédent», indique la lettre. Les signataires, parmi lesquels de nombreux élus de la Chambre des représentants, demandent au président démocrate de bien faire comprendre au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou que toute entrave à l’acheminement de l’aide à Gaza «met en péril son éligibilité à une nouvelle aide à la sécurité offensive de la part des États-Unis».

Ils précisent cependant que doivent être exclus de cette possible suspension de l’aide américaine les systèmes israéliens de défense antimissile, comme le Dôme de fer.

Le ministère de la Santé du Hamas annonce un nouveau bilan de 34.654 morts

Le ministère de la Santé du Hamas a annoncé vendredi un nouveau bilan de 34.654 morts dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien le 7 octobre. En 24 heures, au moins 32 morts supplémentaires ont été recensés, selon un communiqué du ministère qui fait état de 77.908 blessés en près de sept mois de guerre.