Entre télétravail et vie communautaire, le « coliving », nouveau cocon productif des jeunes actifs

L’immeuble à la façade blanche Art déco, à cinq minutes à pied du Vieux-Port, à Marseille, a longtemps abrité Aux dames de France, une enseigne de grands magasins créée dans les années 1920. Puis les Galeries Lafayette. Depuis trois ans, sur six étages entièrement remaniés, avec sous-sol, toit-terrasse et patio, la clientèle des élégantes a été


L’immeuble à la façade blanche Art déco, à cinq minutes à pied du Vieux-Port, à Marseille, a longtemps abrité Aux dames de France, une enseigne de grands magasins créée dans les années 1920. Puis les Galeries Lafayette. Depuis trois ans, sur six étages entièrement remaniés, avec sous-sol, toit-terrasse et patio, la clientèle des élégantes a été remplacée par celles de milléniaux en route pour une séance à la salle de gym, leur logement partagé ou une visioconférence. Une tribu membre de la Babel Community, une offre de « coliving » lancée par la société immobilière Axis, créée par Benoît Jobert et Matthieu Brugières, deux anciens étudiants d’école de commerce.

Ce phalanstère du XXIe siècle, le deuxième à Marseille après celui inauguré en 2017, rue de la République, concentre sur 8 500 mètres carrés, 168 logements (grands appartements en colocation, studios et T2 indépendants), un espace de coworking avec 200 postes de travail, deux restaurants – dont le rooftop Ciel – et une salle de sport.

De retour de week-end, sac de voyage à l’épaule, Eva Dedebant, 25 ans, et Ravan Talani, 23 ans, déboulent dans le vaste lobby décoré dans un mélange de matériaux bruts de style indus. Elles font partie des 200 « colivers » qui expérimentent cette vie communautaire, services compris. La première, originaire de Nîmes, est responsable commerciale pour une marque de bijoux ; la seconde, ingénieure informatique, vient d’Uppsala, une ville universitaire suédoise de renom, située au nord de Stockholm.

Des chambres numérotées, comme dans un hôtel

Les deux ne se connaissent que depuis quelques mois, ne se sont pas choisies, mais vivent ensemble dans un grand appartement clés en main, où chacune a son espace privé (une chambre et une salle de bains) mais partage aussi de généreux espaces communs, et l’accès à des services. A leur duo s’ajoutent Noémie, autoentrepreneuse dans le marketing, Nicolas, Samuel et Arthur, trois ingénieurs, et Francisco, venu d’Espagne et qui travaille chez Airbus. Trois filles, quatre garçons, dans un appartement qui peut loger jusqu’à onze personnes.

« Ici, c’est chez nous. » Eva, flocage « girls » en lettres roses sur son sweat blanc, fait la visite. « Là, c’est l’espace commun, vous avez la cuisine, le grand salon… » Une large baie vitrée baigne de lumière l’espace bien rangé, un brin froid malgré les touches personnelles éparpillées çà et là. Un fauteuil en velours de couleur bleu canard, quelques bouquets de fleurs séchées, des livres et des plantes sur les étagères. « On a essayé de décorer un peu, de mettre une petite touche personnelle pour casser le côté showroom Ikea », s’amuse la jeune femme, arrivée il y a deux ans, et l’une des plus anciennes résidentes de Babel. La durée moyenne de séjour tourne ici autour de six mois à un an. « Par là, ce sont les chambres. » Changement d’ambiance. Réparties de part et d’autre d’un long couloir, on découvre onze portes moulurées, identifiées par des numéros, comme dans un hôtel.

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