Elections européennes : Jordan Bardella sonne la « mobilisation générale »… sans parler d’Europe

Jordan Bardella pendant son discours à Perpignan, le 1er mai 2024. CYRIL BITTON/DIVERGENCE POUR « LE MONDE » Jordan Bardella caracole en tête des sondages, mais il voit des ennemis partout autour de lui. Abstention, dispersion des voix, obsession présumée d’Emmanuel Macron pour l’extrême droite, audiovisuel public soucieux d’enquêter sur un parti cerné par les


Elections européennes : Jordan Bardella sonne la « mobilisation générale »… sans parler d’Europe
Jordan Bardella pendant son discours à Perpignan, le 1er mai 2024.

Jordan Bardella caracole en tête des sondages, mais il voit des ennemis partout autour de lui. Abstention, dispersion des voix, obsession présumée d’Emmanuel Macron pour l’extrême droite, audiovisuel public soucieux d’enquêter sur un parti cerné par les affaires judiciaires : le président du Rassemblement national (RN) a consacré une bonne partie de son discours du 1er-Mai, délocalisé à Perpignan, à cibler les obstacles à l’accession au pouvoir de l’extrême droite. Avec, à l’esprit et dans les mots, 2027 et l’Elysée en ligne de mire, bien plus que le mois de juin et l’hémicycle de Strasbourg.

L’élection européenne approche et Jordan Bardella préfère désormais parler de tout sauf d’Union européenne. Le dauphin de Marine Le Pen n’a jamais disserté sur les équilibres subtils qui gouvernent au Parlement européen. Mais au moins prenait-il soin, en début de campagne, de s’étendre sur l’avènement rêvé d’une « Europe des nations », à rebours d’un modèle personnifié par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, accusée « d’organiser l’effacement des peuples et des nations ».

A moins de quarante jours du scrutin, les enjeux communautaires ont définitivement été relégués en arrière-plan par la tête de liste frontiste, obsédée par la « mobilisation générale » de ses troupes dans une élection qu’il considère comme un marchepied décisif vers la prochaine présidentielle.

« Pour tout patriote français, la participation à ce scrutin est un devoir, un commandement », a lancé l’eurodéputé, craignant que les bons augures des sondages – 32 %, selon la quatrième vague de l’enquête électorale conduite par Ipsos, en partenariat avec le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), l’Institut Montaigne, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde – ne démobilisent certains électeurs. Pour ceux-là, a-t-il estimé, « ne pas voter, c’est voter Macron ».

Pendant le discours de Jordan Bardella, à Perpignan, le 1er mai 2024.

Deux promesses

Jordan Bardella a surtout tendu la main à la quasi-totalité du spectre politique. Aux électeurs d’Eric Zemmour, le président de Reconquête ! : « La France n’a plus le temps de regarder ses voix patriotes se disperser. Vous craignez la submersion migratoire, alors votez pour ceux qui peuvent l’arrêter. » Aux sympathisants de droite : « Vous êtes attachés au travail, au mérite, à l’autorité, à l’ordre, à une certaine idée de la France : regardez qui a repris le flambeau. »

Le patron du RN en a même appelé aux « Français qui ont eu le cœur à gauche pendant longtemps et qui désespèrent de voir la gauche perdre sa boussole républicaine », dépeignant Jean-Luc Mélenchon en « ingénieur des chaos ». Une reprise incongrue du titre de l’ouvrage de Giuliano da Empoli (JC Lattès, 2019), dans lequel l’écrivain italo-suisse analyse les divers profils – informaticiens, activistes politiques, communicants, blogueurs, polémistes – à l’œuvre pour surfer sur les colères des électeurs et porter au pouvoir quelques-uns des amis ou modèles du RN, en Hongrie (Viktor Orban), aux Etats-Unis (Donald Trump) ou en Italie (Matteo Salvini).

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Jordan Bardella pendant son discours à Perpignan, le 1er mai 2024.

Jordan Bardella caracole en tête des sondages, mais il voit des ennemis partout autour de lui. Abstention, dispersion des voix, obsession présumée d’Emmanuel Macron pour l’extrême droite, audiovisuel public soucieux d’enquêter sur un parti cerné par les affaires judiciaires : le président du Rassemblement national (RN) a consacré une bonne partie de son discours du 1er-Mai, délocalisé à Perpignan, à cibler les obstacles à l’accession au pouvoir de l’extrême droite. Avec, à l’esprit et dans les mots, 2027 et l’Elysée en ligne de mire, bien plus que le mois de juin et l’hémicycle de Strasbourg.

L’élection européenne approche et Jordan Bardella préfère désormais parler de tout sauf d’Union européenne. Le dauphin de Marine Le Pen n’a jamais disserté sur les équilibres subtils qui gouvernent au Parlement européen. Mais au moins prenait-il soin, en début de campagne, de s’étendre sur l’avènement rêvé d’une « Europe des nations », à rebours d’un modèle personnifié par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, accusée « d’organiser l’effacement des peuples et des nations ».

A moins de quarante jours du scrutin, les enjeux communautaires ont définitivement été relégués en arrière-plan par la tête de liste frontiste, obsédée par la « mobilisation générale » de ses troupes dans une élection qu’il considère comme un marchepied décisif vers la prochaine présidentielle.

« Pour tout patriote français, la participation à ce scrutin est un devoir, un commandement », a lancé l’eurodéputé, craignant que les bons augures des sondages – 32 %, selon la quatrième vague de l’enquête électorale conduite par Ipsos, en partenariat avec le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), l’Institut Montaigne, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde – ne démobilisent certains électeurs. Pour ceux-là, a-t-il estimé, « ne pas voter, c’est voter Macron ».

Pendant le discours de Jordan Bardella, à Perpignan, le 1er mai 2024.

Deux promesses

Jordan Bardella a surtout tendu la main à la quasi-totalité du spectre politique. Aux électeurs d’Eric Zemmour, le président de Reconquête ! : « La France n’a plus le temps de regarder ses voix patriotes se disperser. Vous craignez la submersion migratoire, alors votez pour ceux qui peuvent l’arrêter. » Aux sympathisants de droite : « Vous êtes attachés au travail, au mérite, à l’autorité, à l’ordre, à une certaine idée de la France : regardez qui a repris le flambeau. »

Le patron du RN en a même appelé aux « Français qui ont eu le cœur à gauche pendant longtemps et qui désespèrent de voir la gauche perdre sa boussole républicaine », dépeignant Jean-Luc Mélenchon en « ingénieur des chaos ». Une reprise incongrue du titre de l’ouvrage de Giuliano da Empoli (JC Lattès, 2019), dans lequel l’écrivain italo-suisse analyse les divers profils – informaticiens, activistes politiques, communicants, blogueurs, polémistes – à l’œuvre pour surfer sur les colères des électeurs et porter au pouvoir quelques-uns des amis ou modèles du RN, en Hongrie (Viktor Orban), aux Etats-Unis (Donald Trump) ou en Italie (Matteo Salvini).

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