Bac philo 2024 : corrigé du sujet « La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? »

Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé d’un des deux sujets de dissertation proposés, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet. « La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? » Analyse et enjeux du sujet Ce sujet mobilise très explicitement des notions du programme, à savoir


Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé d’un des deux sujets de dissertation proposés, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet.

« La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? »

Analyse et enjeux du sujet

Ce sujet mobilise très explicitement des notions du programme, à savoir la vérité et la science ainsi que la religion.

L’intitulé met en rapport la « science » en général, qui comprend sciences formelles (comme les mathématiques), sciences naturelles expérimentales (comme la physique) et sciences humaines (comme l’histoire), et un « besoin de vérité » dont on peut noter qu’il se distingue du désir de vérité, moins urgent et moins vital. On pourrait presque parler de « soif de vérité ». Le lien qu’on nous demande d’interroger entre science et vérité est pensé selon la catégorie de « satisfaction » que la science pourrait apporter à notre besoin de vérité. On peut constater une sorte de paradoxe : le sujet propose en effet d’aborder la science depuis un mobile subjectif (satisfaction d’un besoin) alors même que la démarche scientifique témoigne d’un souci d’objectivité qui rompt volontiers avec les états d’âme et les désirs qui peuvent constituer des obstacles à la connaissance.

Une première hypothèse arrive assez spontanément. S’il est vrai qu’il y a un domaine où notre besoin de vérité peut trouver quelques satisfactions, cela semble être celui de la science. En effet, la vérité est l’accord de la pensée avec la réalité, et la science propose justement de penser la réalité quelle qu’elle soit – formelle, naturelle ou spécifiquement humaine – et tâche d’en rendre compte le mieux possible. C’est ainsi que Galilée a pu établir notamment la vérité de l’héliocentrisme – c’est le Soleil qui est au centre de notre système – et montrer la fausseté du géocentrisme. Les experts du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] peuvent éclairer les politiques et les citoyens sur le dérèglement climatique et faire reculer le climatoscepticisme. Un historien peut établir précisément la vérité des faits et lutter contre toutes les formes de falsification de l’histoire (révisionnisme ou négationnisme). Et un mathématicien ou un logicien, avec ses démonstrations, peut fixer une vérité formelle. On le voit, notre besoin de vérité est aussi celui de pouvoir réfuter des erreurs qui peuvent parfois avoir des conséquences néfastes, et il n’est donc pas simplement du côté de la simple curiosité intellectuelle mais il est le souci de pouvoir éclairer notre action par des jugements assurés.

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Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé d’un des deux sujets de dissertation proposés, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet.

« La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? »

Analyse et enjeux du sujet

Ce sujet mobilise très explicitement des notions du programme, à savoir la vérité et la science ainsi que la religion.

L’intitulé met en rapport la « science » en général, qui comprend sciences formelles (comme les mathématiques), sciences naturelles expérimentales (comme la physique) et sciences humaines (comme l’histoire), et un « besoin de vérité » dont on peut noter qu’il se distingue du désir de vérité, moins urgent et moins vital. On pourrait presque parler de « soif de vérité ». Le lien qu’on nous demande d’interroger entre science et vérité est pensé selon la catégorie de « satisfaction » que la science pourrait apporter à notre besoin de vérité. On peut constater une sorte de paradoxe : le sujet propose en effet d’aborder la science depuis un mobile subjectif (satisfaction d’un besoin) alors même que la démarche scientifique témoigne d’un souci d’objectivité qui rompt volontiers avec les états d’âme et les désirs qui peuvent constituer des obstacles à la connaissance.

Une première hypothèse arrive assez spontanément. S’il est vrai qu’il y a un domaine où notre besoin de vérité peut trouver quelques satisfactions, cela semble être celui de la science. En effet, la vérité est l’accord de la pensée avec la réalité, et la science propose justement de penser la réalité quelle qu’elle soit – formelle, naturelle ou spécifiquement humaine – et tâche d’en rendre compte le mieux possible. C’est ainsi que Galilée a pu établir notamment la vérité de l’héliocentrisme – c’est le Soleil qui est au centre de notre système – et montrer la fausseté du géocentrisme. Les experts du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] peuvent éclairer les politiques et les citoyens sur le dérèglement climatique et faire reculer le climatoscepticisme. Un historien peut établir précisément la vérité des faits et lutter contre toutes les formes de falsification de l’histoire (révisionnisme ou négationnisme). Et un mathématicien ou un logicien, avec ses démonstrations, peut fixer une vérité formelle. On le voit, notre besoin de vérité est aussi celui de pouvoir réfuter des erreurs qui peuvent parfois avoir des conséquences néfastes, et il n’est donc pas simplement du côté de la simple curiosité intellectuelle mais il est le souci de pouvoir éclairer notre action par des jugements assurés.

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