Bac philo 2024 : corrigé de l’explication de texte sur « La Condition ouvrière », de Simone Weil

Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé de l’explication de texte, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet. Lire aussi | Bac 2024 : les sujets de philo de la voie générale et de la voie technologique Ajouter à vos sélections « La Condition ouvrière », de Simone


Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé de l’explication de texte, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet.

« La Condition ouvrière », de Simone Weil

Explication de texte

Cet extrait constitue, à notre avis, un très bon support pour un exercice d’explication de texte philosophique. Les thèmes du programme abordés sont le travail, le devoir, la conscience, mais aussi plus indirectement la liberté, le bonheur et la justice, tant il est vrai que l’autrice montre l’aliénation – qui s’oppose à la liberté –, le malheur et l’injustice du travail en usine. Même si le texte part d’une situation déterminée historiquement et géographiquement, il aborde le thème universel du travail aliéné, source de souffrance et d’injustice, qui peut prendre diverses formes, mais qui présentent des invariants dans la description qu’on peut en offrir, comme le montre, par exemple, le film de Laurent Cantet, Ressources humaines.

Quelques précisions préliminaires importantes. Tout d’abord, Simone Weil, dont l’extrait à étudier est tiré de l’ouvrage La Condition ouvrière, ne doit pas être confondue avec Simone Veil, la célèbre femme politique. Ensuite, le travail en usine dont elle parle est celui de la première partie du XXsiècle, dont Charlie Chaplin donne une description accablante dans Les Temps modernes. Le taylorisme et une certaine « rationalisation » de l’organisation du travail peu soucieux du bien-être de l’ouvrier, et plus obsédée par la rentabilité à tout prix, prévalent avec leur lot d’effets pervers sur la condition ouvrière. Le monde ouvrier existe évidemment encore à notre époque, mais il concerne beaucoup moins de salariés et les conditions de travail sont souvent – pas toujours ! – assez différentes.

Le texte se propose ainsi d’aborder en général l’aliénation dans le travail, avec l’exemple de celle qui est produite en usine à cette époque sur la condition ouvrière. Alienus signifiant l’étranger, l’inconnu ou encore ce qui appartient à l’autre, en latin, l’aliénation est le fait de devenir étranger à soi-même, d’être dépossédé finalement de ses aspirations profondes et légitimes.

Un mobile et non un motif

Pour traiter cette question, Simone Weil part de considérations qui relèvent de la théorie de l’action. C’est l’axiome de départ présenté dans la première phrase. Pour passer à l’acte, un mobile est toujours nécessaire. Un mobile classiquement est ce qui pousse à agir. Kant distingue le mobile qui désigne plutôt des passions du motif qui constitue une bonne raison d’agir. En droit, cette distinction est reprise, puisqu’on parle de mobile du crime et jamais de motif, car cela supposerait qu’on aurait de bonnes raisons d’assassiner quelqu’un.

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Mardi 18 juin, les élèves de terminale générale passent l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Voici le corrigé de l’explication de texte, réalisé par le professeur de philosophie Didier Guilliomet.

« La Condition ouvrière », de Simone Weil

Explication de texte

Cet extrait constitue, à notre avis, un très bon support pour un exercice d’explication de texte philosophique. Les thèmes du programme abordés sont le travail, le devoir, la conscience, mais aussi plus indirectement la liberté, le bonheur et la justice, tant il est vrai que l’autrice montre l’aliénation – qui s’oppose à la liberté –, le malheur et l’injustice du travail en usine. Même si le texte part d’une situation déterminée historiquement et géographiquement, il aborde le thème universel du travail aliéné, source de souffrance et d’injustice, qui peut prendre diverses formes, mais qui présentent des invariants dans la description qu’on peut en offrir, comme le montre, par exemple, le film de Laurent Cantet, Ressources humaines.

Quelques précisions préliminaires importantes. Tout d’abord, Simone Weil, dont l’extrait à étudier est tiré de l’ouvrage La Condition ouvrière, ne doit pas être confondue avec Simone Veil, la célèbre femme politique. Ensuite, le travail en usine dont elle parle est celui de la première partie du XXsiècle, dont Charlie Chaplin donne une description accablante dans Les Temps modernes. Le taylorisme et une certaine « rationalisation » de l’organisation du travail peu soucieux du bien-être de l’ouvrier, et plus obsédée par la rentabilité à tout prix, prévalent avec leur lot d’effets pervers sur la condition ouvrière. Le monde ouvrier existe évidemment encore à notre époque, mais il concerne beaucoup moins de salariés et les conditions de travail sont souvent – pas toujours ! – assez différentes.

Le texte se propose ainsi d’aborder en général l’aliénation dans le travail, avec l’exemple de celle qui est produite en usine à cette époque sur la condition ouvrière. Alienus signifiant l’étranger, l’inconnu ou encore ce qui appartient à l’autre, en latin, l’aliénation est le fait de devenir étranger à soi-même, d’être dépossédé finalement de ses aspirations profondes et légitimes.

Un mobile et non un motif

Pour traiter cette question, Simone Weil part de considérations qui relèvent de la théorie de l’action. C’est l’axiome de départ présenté dans la première phrase. Pour passer à l’acte, un mobile est toujours nécessaire. Un mobile classiquement est ce qui pousse à agir. Kant distingue le mobile qui désigne plutôt des passions du motif qui constitue une bonne raison d’agir. En droit, cette distinction est reprise, puisqu’on parle de mobile du crime et jamais de motif, car cela supposerait qu’on aurait de bonnes raisons d’assassiner quelqu’un.

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